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mardi 8 novembre 2011

Femmes criez tout haut votre nom


et la main qui a servi comme tout premier engin de guerre à domicile et vous femmes dans des cubes séparés par des parois étanches la solitude programmée depuis le début des temps la peur instaurée en règne la volée part et c’est comme sur un jeu des tablettes s’effondrant les unes sur les autres autant de paroles assenées telles des coups des taloches oh ces mains invisibles de la parole m’ont tant blessée en chacune de vous

ma mémoire reproduit les mots dits en dents de scie et ma mémoire que j’essaie de faire taire sans y parvenir les entailles s’étalent au grand jour les traînées de sang les yeux violets boursouflés pochés mes mains portées devant mon visage inutilement je recule je crie le silence n’a jamais autant crié et je bute sur toutes ces femmes au fil des siècles lacérées répudiées brûlées lapidées par les mains inhumaines de lois déséquilibrées depuis toujours ces coups portés par des hommes possédés de violence par le règne mysogine du silence égorgeur ces piles de mortes ces charniers où je vous découvre horrifiée par milliers corps sur corps jetées nues ces viols en masse vous n'en avez pas assez de la violence l'anse du viol hommes de guerre cette usine du viol en série sera-t-elle un jour arrêtée

je réclame la parole pour vous toutes les blessées vous les humiliées vous les battues les excisées les anorexiques les brûlées les enterrées les lapidées les brûlées à l’acide jetée délibérément au visage vous à qui on a appris que le sujet était toujours masculin et l’objet féminin

je réclame l’abattage des murs la prise de parole les bleus les blues les pleurs au grand jour bercés par des femmes de joie les paroles mises en gerbes les douleurs les souffrances pleureuses s’épanchant en reflets si clairs dans les marais aux bras grands ouverts

je réclame l’abolition du rôle de victime qui trop de fois s’est faite femme et chair de femme

© Marie Cholette, le 5 novembre 2011. Tous droits réservés.
Photo: Sainte-Fabiola, patronne des femmes battues et des infirmières du peintre romantique du X1Xe siècle Jean-Jacques Henner.
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